Les Sept Samouraïs, encore un grand classique dans 50 ans !

Peu de films vous font pénétrer autant dans leur univers. Le chemin de terre sinueux menant vers un bourg grouillant de samouraïs en quête d’aventures. Les visages et les corps des paysans marqués par le dur labeur. Le magnétisme émanant du guerrier sur le point de dégainer son funeste sabre… Les Sept Samouraïs, chef d’oeuvre d’Akira Kurosawa, n’est pas qu’une histoire contée, c’est un voyage, une immersion dans le japon médiéval, une aventure émotionnelle de trois heures et demie auprès de la bande la plus célèbre du cinéma d’arts martiaux.

Des samouraïs se mobilisent pour protéger un village en détresse

L’histoire démarre lorsqu’un paysan est témoin par hasard des discussions d’un groupe de bandits qui planifient l’attaque de son village après la prochaine récole de riz, leur unique et maigre ressource. Les villageois décident alors, avec l’accord du vénérable ancien, de recruter des samouraïs pour les protéger face à cette future menace. Ce récit vous est familier ? Pas étonnant ! La trame des Sept Samouraïs a été depuis utilisée à de nombreuses reprises au cinéma (Les Sept Mercenaires) ou encore dans des films d’animations (1001 pattes, Samourai 7).

Les Sept Samouraïs, chef d’oeuvre d’Akira Kurosawa
Les Sept Samouraïs, chef d’oeuvre d’Akira Kurosawa (credit : fallen-sun-asylum/deviantart)

A travers cette histoire d’opprimés cherchant secours, se développent plusieurs thèmes plus complexes. Il s’agit par exemple de la place sociale des paysans dans ce Japon décomposé : exclus et dénigrés, ils sont considérés par certains habitants des villes comme la lie de la société. Présents dans une auberge le temps de trouver des samouraïs qui voudraient bien leur venir en aide en échange de modestes plats de riz, les quelques paysans dépéchés pour cette haute mission sont l’objet de moqueries abjectes :

« J’suis heureux de ne pas être né paysan. Même un chien a plus de chance ! »

Kurosawa parvient à mettre en scène des personnages riches en paradoxes

Cette trame laisse aussi la place au développement poussé des personnages. Les sept samouraïs ainsi que les principaux paysans bénéficient tous de scènes privilégiées. C’est ainsi qu’ils gagnent en nuance et profondeur. Toutefois, la magie du film est de laisser suffisamment de non-dits pour que le spectateur s’interroge.

    • D’où vient Katsushiro et qu’a-t-il à prouver ? Ce jeune apprenti escrimeur vénère les samouraïs pour leur maîtrise du sabre mais aussi pour leur courage et leur droiture. Ses habits, faits de tissus de bonne facture, ainsi que certaines de ses attitudes semblent trahir des origines nobles.
    • Comment expliquer l’attitude de Kikuchiyo ? Le mouton noir du groupe est aussi pénible qu’il apporte à l’histoire par son côté décalé et ses initiatives téméraires.
    • Quelles sont les motivations de Kambei ? Le ronin, meneur des sept, bluffe par son charisme impressionnant dès sa première apparition, où on le voit se déguiser en bonze pour aller sauver un enfant pris en otage par un bandit.
    • Faut-il prendre pitié des paysans ? Tout semble les accabler. Ils vivent dans des conditions misérables et le peu qu’ils ont est convoité par des bandits sans foi ni loi. On réalise pourtant que des ressources existent là où on ne les imaginait pas. Par ailleurs, certains front preuve d’individualisme dans un contexte où la survie du groupe dépend de la contribution de chacun. Dit autrement par l’ancien du village :

“on se soucie de sa barbe alors que sa tête ne tient qu’à un fil !”

(Notez au passage que beaucoup de ces développements passent à la trappe dans la version courte du film. Il est indispensable de le visionner dans la version longue, qui plus est superbement remasterisée.)

Oubliez le bullet time et la 3D

Beaucoup des scènes d’action accusent aujourd’hui le poids du temps. Néanmoins, certains passages démontrent qu’il n’est pas absolument nécessaire d’utiliser des effets spéciaux éblouissants pour donner de l’intensité à un combat. La double confrontation entre Kyuzo et un imprudent challenger en est le parfait exemple. D’abord armés de sabres en bambou, les samouraïs se mesurent finalement avec leurs vrais lames. Le combat se décide en un souffle après une intense montée en pression, alimentée notamment par l’attroupement d’un public captivé par la tension entre les deux hommes.

Les Sept Samourais - Kyuzo dans un duel... électrique !
Kyuzo dans un duel... électrique !

Amateurs d’arts martiaux ne vous méprenez pas pour autant. Si l’on n’a effectivement pas droit aux chorégraphies à haute vitesse de rigueur dans le cinéma d’action actuel, tout pratiquant sentira de la proximité avec ces guerriers pétris de respect, d’application et de discipline (exception faite du canard boiteux du groupe… mais je vous en laisse la surprise).

Le film sublime l’attitude vaillante de ces samouraïs prêts à faire face à l’ennemi quelles qu’en soient les conséquences. On en vient d’ailleurs à maudire les armes à feu, utilisées par le groupe de bandits, et qui brisent toute la seigneurie de l’affrontement.

Les Sept Samouraïs, toujours un grand classique dans 50 ans

Les Sept Samouraïs est un film exceptionnel. J’avais des attentes très élevées car depuis sa sortie en 1954, il a été salué, nominé, primé un nombre incalculable de fois tant par les professionnels du cinéma (et pas uniquement du cinéma d’arts martiaux) que par les spectateurs.

Malgré tout, je ne suis pas d’accord avec beaucoup des critiques sur un point. Les Sept Samouraïs ne fait pas partie des meilleurs films d’actions jamais réalisés. L’action n’est qu’un des piliers de ce film. Les Sept Samouraïs brille surtout par son script captivant, son incroyable potentiel immersif et ses acteurs sincères. Pour ces raisons, oui, il a sa place au panthéon du cinéma.

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